Facture d'avoir : mentions, TVA et facture rectificative
Facture d'avoir : mentions obligatoires, récupération de la TVA (art. 272 CGI) et traitement dans la facturation électronique au 1er septembre 2026.
- Avoir, facture de remplacement, duplicata : trois outils, trois usages
- Les mentions obligatoires de la facture d’avoir
- Récupérer la TVA : le mécanisme de l’article 272, 1 du CGI
- L’avoir en facturation électronique : ce qui change au 1er septembre 2026
- Les cinq erreurs que je vois le plus souvent
- Conservation et données personnelles : l’avoir suit le régime de la facture
- Ce qu’il faut retenir
- FAQ
L’essentiel. Une facture d’avoir n’est pas un document de gestion : c’est une facture au sens fiscal. Le 5 du I de l’article 289 du CGI assimile à une facture tout document qui modifie la facture initiale et y fait référence « de façon spécifique et non équivoque ». Conséquences immédiates : l’avoir doit porter les mentions obligatoires de l’article 242 nonies A de l’annexe II au CGI — sauf deux, dont l’assujetti peut se dispenser —, suivre une numérotation continue, être conservé comme une facture, et, dès l’entrée dans l’obligation de facturation électronique, transiter par une plateforme agréée dans un format structuré. Deuxième point crucial : l’avoir n’est pas le bon outil pour un impayé. En cas de non-paiement, l’administration exige un duplicata de la facture initiale portant une mention normalisée — pas une note d’avoir. Confondre les deux fait perdre le droit à récupération de la TVA prévu au 1 de l’article 272 du CGI.
En vingt ans de conseil, je n’ai jamais vu un dossier de contrôle fiscal où les avoirs étaient traités correctement de bout en bout. Le motif est presque toujours le même : l’avoir est perçu comme une écriture comptable, pas comme un acte juridique. On l’émet à la volée, sans référence explicite à la facture initiale, on l’utilise pour « effacer » un impayé, on le numérote dans une série parallèle non documentée. Tant que tout circulait en PDF par e-mail, l’anomalie restait invisible. À partir du 1er septembre 2026, elle ne l’est plus : l’avoir devient un flux structuré, typé, horodaté et remonté à l’administration. Voici les règles réellement applicables, et ce qu’il faut corriger dans vos processus avant la bascule.
Règles présentées selon la réglementation et la doctrine consultées en août 2026 : CGI, art. 289, I-5 ; art. 272, 1 et 2 ; art. 283, 4 ; art. 242 nonies A de l’annexe II au CGI ; BOI-TVA-DECLA-30-20-20-20, version du 19 janvier 2022, § 180 à 340 ; BOI-TVA-DED-40-10-20 ; CE, 3e et 8e ch. réunies, 12 juillet 2021, n° 433977 ; CGI, art. 1737 (II, III et IV bis) et art. 1788 D ; loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026 ; loi n° 2026-534 du 25 juin 2026, art. 36 (LPF, art. L. 102 B).
Avoir, facture de remplacement, duplicata : trois outils, trois usages
La première erreur est terminologique, et elle a des conséquences fiscales. Le droit fiscal connaît trois mécanismes de correction, qui ne sont pas interchangeables.
| Situation | Document à émettre | Base | Effet TVA |
|---|---|---|---|
| Vente ou prestation annulée ou résiliée, en tout ou partie | Note d’avoir ou facture nouvelle annulant et remplaçant la précédente | CGI, art. 272, 1 ; BOI-TVA-DECLA-30-20-20-20, § 210 | Récupération par le fournisseur, reversement par le client |
| Rabais, remise, ristourne ou escompte consenti après l’émission de la facture | Note d’avoir | CGI, art. 272, 1 ; BOI § 200 et 260 | Idem, sauf option « net de taxes » |
| Erreur de prix, de quantité, de taux, d’identité du client | Facture rectificative (avoir ou facture de remplacement) | CGI, art. 289, I-5 | Rectification de la taxe facturée |
| Facture impayée, totalement ou partiellement | Duplicata de la facture initiale avec mention normalisée — pas d’avoir | BOI § 300 à 340 | Récupération subordonnée à l’irrécouvrabilité définitive |
Retenez la ligne du bas. Dans le cas d’un impayé, la dette du client subsiste : la facture initiale ne doit pas être modifiée. Émettre un avoir revient à éteindre juridiquement la créance que l’on cherche précisément à conserver — et à se priver du recours en recouvrement. C’est l’erreur la plus coûteuse de toute la matière, et elle est très fréquente dans les PME.
Avoir ou facture de remplacement : comment choisir
Les deux voies sont admises. La facture de remplacement annule intégralement la facture initiale et la remplace ; elle suppose une référence exacte à la facture initiale et la mention expresse de son annulation (BOI § 240). Elle convient lorsque la facture d’origine est fausse dans sa structure : mauvais client, mauvaise entité de facturation, mauvais taux sur l’ensemble des lignes.
La note d’avoir, elle, ne supprime pas la facture initiale : elle en corrige une partie. Elle convient aux corrections partielles — retour de marchandise, remise de fin d’année, geste commercial, ligne facturée en double.
En pratique, je recommande la facture de remplacement lorsque la facture initiale n’a pas encore été payée ni comptabilisée par le client, et l’avoir dans tous les autres cas. La raison est opérationnelle : dans un flux électronique, une facture déjà acceptée par la plateforme du destinataire a produit des statuts, et l’« annuler » suppose que les deux systèmes comptables se réalignent, ce qui est nettement plus délicat qu’un avoir venant en déduction.
Les mentions obligatoires de la facture d’avoir
Puisque l’avoir est assimilé à une facture, il porte en principe toutes les mentions du I de l’article 242 nonies A de l’annexe II au CGI — les mêmes que celles détaillées dans notre guide des mentions obligatoires de la facture. Le BOFiP ouvre toutefois une dispense propre aux factures rectificatives, et elle est plus large qu’on ne le croit.
Toute facture rectificative, quel que soit son montant, peut se dispenser de deux mentions (BOI-TVA-DECLA-30-20-20-20, § 180 et 220) :
- le numéro individuel d’identification à la TVA attribué à l’assujetti en application de l’article 286 ter du CGI (art. 242 nonies A, I-2°) ;
- la référence à la disposition d’exonération — article du CGI, disposition correspondante de la directive 2006/112/CE, ou toute autre mention indiquant que l’opération bénéficie d’une exonération (art. 242 nonies A, I-12°).
Ce point est mal connu : la mesure de simplification de l’article 242 nonies A, II, réservée aux factures inférieures ou égales à 150 € HT, s’applique aux factures rectificatives sans condition de seuil.
En revanche, quatre éléments ne se négocient pas :
- La référence explicite à la facture initiale — numéro et date (BOI § 220). C’est la condition d’assimilation posée au 5 du I de l’article 289 : la référence doit être « spécifique et non équivoque ». Un avoir qui renvoie à « votre commande de mars » ne remplit pas cette condition.
- Le montant hors taxes du rabais ou de la correction et le montant de TVA correspondant, distinctement (BOI § 260). Un avoir TTC global est irrécupérable en l’état.
- Les noms et adresses des parties, ainsi que le total HT et la TVA due après application de la réduction de prix (BOI § 260).
- Un numéro chronologique et continu, tiré de la même série que les factures ou d’une série dédiée à condition que celle-ci soit elle-même continue et documentée dans la piste d’audit fiable.
Le cas des avoirs globaux : remises de fin d’année
Le BOFiP admet une souplesse utile pour les ristournes annuelles. Lorsqu’il est matériellement impossible de référencer une facture précise, l’avoir peut renvoyer à un ensemble de factures ou au contrat auquel elles se rattachent, à condition de préciser la période au cours de laquelle ces factures ont été émises (BOI § 260). Cette tolérance sauve les accords de coopération commerciale de la grande distribution ; elle suppose en contrepartie que la période soit indiquée sans ambiguïté, ce que beaucoup d’avoirs annuels omettent.
Récupérer la TVA : le mécanisme de l’article 272, 1 du CGI
Le 1 de l’article 272 du CGI permet au fournisseur d’imputer ou de se faire rembourser la TVA collectée lorsque l’opération est résiliée ou annulée, ou lorsque la créance est devenue définitivement irrécouvrable. La même logique s’applique aux rabais, remises et ristournes accordés après l’exigibilité de la taxe (BOI § 200).
L’imputation est subordonnée à la justification, auprès de l’administration, de la rectification de la facture initiale. Autrement dit : pas d’avoir conforme, pas de récupération. C’est la charnière du dispositif, et c’est là que se concentrent les redressements.
La symétrie côté client
Le client assujetti qui a déjà déduit la TVA figurant sur la facture initiale est tenu d’atténuer sa déduction à concurrence de la taxe figurant sur l’avoir (BOI § 260). Cette obligation naît à la réception de l’avoir, et non au moment où le service comptable décide de le traiter. Dans les flux électroniques, ce décalage devient traçable : la date de mise à disposition de l’avoir est horodatée par la plateforme.
L’option « net de taxes »
Le fournisseur peut renoncer à récupérer la TVA sur le rabais consenti. Sous une double condition — une mention en ce sens apposée sur l’avoir, et le maintien inchangé du montant de TVA porté sur la facture initiale —, l’administration admet de ne pas appliquer le 2 de l’article 272 et le 4 de l’article 283 du CGI, et dispense le client de rectifier sa déduction (BOI § 270). C’est un outil de simplification très sous-utilisé pour les petits gestes commerciaux, où le coût de traitement de l’avoir dépasse l’enjeu de TVA.
Les escomptes conditionnels
Lorsqu’une facture mentionne un escompte pour paiement comptant ou sous délai, le vendeur est dispensé d’adresser un avoir a posteriori, à condition que la facture précise que seule la taxe correspondant au prix effectivement payé ouvre droit à déduction (BOI § 280, sur le fondement de CE, 8 octobre 1980, n° 06125). Une clause de facturation bien rédigée supprime donc purement et simplement un flux d’avoirs.
Les impayés : duplicata, pas avoir
Je le répète parce que c’est le point le plus mal maîtrisé. En cas de non-paiement total ou partiel, la rectification prescrite par l’article 272 consiste obligatoirement dans l’envoi d’un duplicata de la facture initiale, reprenant ses indications réglementaires, assorti de la mention suivante en caractères très apparents (BOI § 320) :
« Facture impayée pour la somme de …… euros (prix net) et pour la somme de …… euros (TVA correspondante) qui ne peut faire l’objet d’une déduction (CGI, art. 272) ».
Les entreprises sont dispensées d’un duplicata par facture si elles délivrent à chaque client défaillant un état récapitulatif des factures impayées mentionnant, pour chacune, le numéro d’ordre, le libellé, la date, le montant HT, le montant de TVA et la mention normalisée (BOI § 330). Une copie de cet état doit être conservée à l’appui de la comptabilité et produite au service des impôts sur demande (CGI, art. 272, 1, al. 3). Dès réception, le débiteur doit reverser la taxe initialement déduite.
Reste la question du moment. La créance doit être définitivement irrécouvrable — un simple retard, même long, ne suffit pas. En procédure collective, l’imputation ou le remboursement peuvent être opérés dès la date de la décision de justice prononçant la liquidation judiciaire. Et lorsque le jugement constate la clôture des opérations pour insuffisance d’actif, la doctrine admet que l’imputation soit opérée jusqu’au 31 décembre de la deuxième année suivant celle de cette décision (BOI-TVA-DED-40-10-20, § 130). Attention à ne pas confondre les deux jugements : c’est le jugement de clôture qui commande ce délai butoir, et non celui qui ouvre la liquidation, lequel intervient souvent plusieurs années plus tôt. Un jugement de clôture pour insuffisance d’actif rendu en mars 2026 ouvre ainsi une fenêtre d’imputation jusqu’au 31 décembre 2028.
Un avoir imparfait ne fait pas nécessairement perdre le droit à récupération
Le Conseil d’État a apporté une nuance importante par une décision du 12 juillet 2021 (n° 433977) : lorsque les pièces produites par le redevable permettent d’établir le bien-fondé de sa demande, des omissions ou erreurs entachant une facture rectificative ou une note d’avoir ne font pas obstacle au droit à récupération de la TVA fondé sur le 1 de l’article 272, en cas d’opération annulée, résiliée, définitivement impayée ou de rabais postérieur.
Cette jurisprudence est une soupape, pas un permis. Elle suppose que le contribuable produise un faisceau de justificatifs — contrat, correspondance, preuve du remboursement, écritures comptables. Elle ne dispense pas de rédiger l’avoir correctement ; elle évite qu’une erreur de forme ne prive d’un droit substantiel.
L’avoir en facturation électronique : ce qui change au 1er septembre 2026
Puisque l’avoir est une facture, il entre dans le champ de la facturation électronique obligatoire exactement comme la facture qu’il corrige. Cela signifie trois choses très concrètes.
Un. L’avoir doit être émis dans un format structuré — Factur-X, UBL ou CII — et non en PDF simple. Si vous produisez encore vos avoirs dans un tableur ou un traitement de texte, ce processus doit être repris au même titre que la facturation. Voyez notre comparaison des formats UBL et CII et la fiche sur le format Factur-X.
Deux. L’avoir doit transiter par une plateforme agréée, la même qui porte vos factures. Un avoir envoyé par e-mail à côté du flux officiel n’existe pas au regard de la réforme : les données ne remontent pas, le client ne le reçoit pas dans son parcours normal, et la correction de TVA reste non documentée. Si le choix de votre plateforme n’est pas arrêté, notre guide sur les critères de choix d’une plateforme et le comparatif PDP, PPF et opérateurs de dématérialisation posent le cadre.
Trois. L’avoir porte un code de type de document distinct. La norme EN 16931, socle des formats français, impose de renseigner le type de facture (champ BT-3, tiré de la nomenclature UNTDID 1001). Les codes usuels sont 380 pour la facture commerciale, 381 pour l’avoir (credit note) et 384 pour la facture rectificative (corrected invoice). Le choix entre 381 et 384 doit être cohérent avec votre logique métier — 381 pour une note d’avoir venant en déduction, 384 pour une facture de remplacement — et surtout constant, car c’est ce code qui pilote le traitement automatique chez le destinataire. Les champs de référence à la facture initiale doivent être servis dans le fichier structuré, et non seulement dans le libellé lisible.
| Point de contrôle | Avant la bascule | Après la bascule |
|---|---|---|
| Support | PDF, papier, e-mail | Format structuré via plateforme agréée |
| Référence à la facture initiale | Texte libre, souvent implicite | Champ structuré obligatoire (numéro et date) |
| Typage du document | Aucun | Code BT-3 : 380 / 381 / 384 |
| Traçabilité | Aucune | Statuts du cycle de vie |
| Visibilité administration | Nulle hors contrôle | Données transmises à la DGFiP |
| Sanction du défaut | Art. 1737-II : 15 € par mention | + 50 € par facture non électronique, plafond 15 000 €/an |
Le calendrier : qui doit s’y conformer, et quand
L’obligation de réception s’applique à toutes les entreprises assujetties à la TVA dès le 1er septembre 2026, sans exception de taille : vous devez donc être en mesure de recevoir un avoir électronique de vos fournisseurs à cette date. L’obligation d’émission, elle, est échelonnée — 1er septembre 2026 pour les grandes entreprises et les ETI, 1er septembre 2027 pour les PME et les TPE. Le détail figure dans notre calendrier de la réforme, notre article sur l’obligation de réception et celui sur les obligations d’émission en 2027.
Conséquence pratique pour une PME : à partir du 1er septembre 2026, vous recevrez des avoirs structurés que vos outils devront savoir lire et rapprocher, alors même que vous continuerez d’émettre les vôtres au format actuel jusqu’en 2027. Cette asymétrie d’un an est le principal facteur de désordre comptable que j’anticipe sur cette réforme, et elle se prépare dans le plan de migration.
Ne négligez pas la sanction attachée à cette obligation de réception, souvent passée sous silence. Le IV bis de l’article 1737 du CGI, créé par la loi de finances pour 2026, sanctionne le fait de ne pas recourir à une plateforme agréée pour recevoir ses factures : après mise en demeure restée sans effet, l’amende est de 500 €, puis de 1 000 € par période de trois mois supplémentaire. C’est le seul risque financier direct que courent, dès septembre 2026, les TPE et PME dont l’obligation d’émission ne démarre qu’en 2027.
E-reporting : ne pas oublier de corriger les données transmises
Pour les opérations hors champ de la facturation électronique — ventes B2C, opérations avec des clients établis hors de France —, la correction ne passe pas par un flux de facturation mais par l’e-reporting. Un avoir émis sur une vente B2C doit se traduire par une correction des données de transaction transmises, et, pour les prestations de services, par une correction des données d’encaissement. Le défaut de transmission est sanctionné à hauteur de 500 € par transmission (CGI, art. 1788 D, dans sa rédaction issue de la loi de finances pour 2026). Attention à la lecture du plafond : l’article distingue deux têtes d’amende distinctes — les données de transaction de l’article 290 du CGI d’une part, les données de paiement de l’article 290 A d’autre part — chacune plafonnée à 15 000 € par année civile. L’exposition maximale d’un assujetti est donc de 30 000 € par an, et non de 15 000 €. Voir le détail du barème des sanctions.
Cas particulier : rejet, refus et avoir
Un avoir n’est pas le remède à un rejet de plateforme. Un rejet technique signifie que la facture n’a jamais été valablement émise : il n’y a rien à annuler, il faut corriger et redéposer. Un refus métier du destinataire, en revanche, porte sur une facture valablement émise : selon le motif, il appelle une facture de remplacement ou un avoir. La distinction est développée dans notre article sur le rejet de facture électronique. En marchés publics, la logique est identique côté Chorus Pro.
Les cinq erreurs que je vois le plus souvent
- L’avoir pour solder un impayé. Il éteint la créance et prive du recours ; la voie correcte est le duplicata avec mention normalisée.
- L’avoir sans référence à la facture initiale. Sans numéro et date, l’assimilation du 5 du I de l’article 289 ne joue pas et la récupération de TVA est fragile.
- L’avoir TTC sans ventilation. Le montant HT et la TVA correspondante doivent apparaître distinctement (BOI § 260).
- La série de numérotation parallèle non documentée. Une numérotation d’avoirs discontinue est un signal fort en contrôle et un point de rupture de la piste d’audit fiable.
- L’avoir « de régularisation » de fin d’exercice. Un avoir global sans motif ni rattachement, émis pour ajuster un chiffre d’affaires, n’a pas de fondement fiscal et se lit comme une correction d’écriture. Il expose à la remise en cause de la récupération et, dans les cas extrêmes, au régime des factures de complaisance de l’article 1737-I du CGI.
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Conservation et données personnelles : l’avoir suit le régime de la facture
L’avoir se conserve comme la facture qu’il corrige — et sur ce point, la règle vient de changer. Le délai fiscal de l’article L. 102 B du LPF était de six ans à compter de la dernière opération mentionnée ou de la date d’établissement du document. L’article 36 de la loi n° 2026-534 du 25 juin 2026 relative à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales le porte à dix ans, tant pour les livres, registres et documents du I que pour les éléments de piste d’audit fiable du I bis. La nouvelle durée s’applique aux documents dont le délai de conservation expire après le 1er janvier 2027 : elle concerne donc déjà les factures et avoirs émis aujourd’hui. Sur le plan commercial, les pièces justificatives se conservent de toute façon dix ans (C. com., art. L. 123-22), ce qui aligne désormais les deux régimes. Le format de conservation et les conditions d’archivage à valeur probante sont détaillés dans notre guide de la conservation des factures électroniques.
Ces durées ont une traduction directe en protection des données. Un avoir B2C contient des données personnelles : identité, adresse, parfois nature du bien retourné — une information qui peut être révélatrice. Le traitement repose sur l’article 6(1)© du RGPD, l’obligation légale de conservation comptable et fiscale, et la durée doit être alignée sur cette obligation, sans excès. Notre article sur les données personnelles dans les factures et la checklist RGPD de la facturation électronique détaillent les points d’attention : information des personnes, encadrement de la plateforme comme sous-traitant au sens de l’article 28 du RGPD, et sécurité au sens de l’article 32.
Un rappel utile en cas de demande d’effacement : le droit à l’effacement ne s’applique pas lorsque le traitement est nécessaire au respect d’une obligation légale, en application de l’article 17(3)(b) du RGPD. Un client ne peut donc pas exiger la suppression d’un avoir avant l’expiration du délai fiscal — mais l’entreprise doit être capable de justifier la durée retenue, ce qui suppose un tableau des durées à jour, tel que décrit dans notre guide des durées de conservation et notre analyse de l’article 17 du RGPD.
Un dernier point souvent négligé : le traitement de la TVA et la cohérence des avoirs figurent parmi les erreurs les plus fréquentes relevées dans les projets de mise en conformité. Vérifiez enfin que votre entité et vos clients sont correctement référencés dans l’annuaire des destinataires : un avoir adressé à un identifiant erroné est un avoir non délivré. La même vigilance vaut pour les flux d’autofacturation, où l’avoir est émis par le client au nom du fournisseur.
Ce qu’il faut retenir
- L’avoir est une facture au sens du 5 du I de l’article 289 du CGI : mêmes mentions, même numérotation continue, même conservation, même obligation de format et de canal électroniques.
- Deux mentions seulement peuvent être omises sur une facture rectificative, quel que soit son montant : le numéro de TVA de l’assujetti (art. 242 nonies A, I-2°) et la référence à l’exonération (I-12°).
- La récupération de la TVA de l’article 272, 1 est subordonnée à la rectification de la facture initiale — et une note d’avoir imparfaite ne fait pas perdre ce droit si les pièces justificatives établissent le bien-fondé de la demande (CE, 12 juillet 2021, n° 433977).
- Un impayé ne se traite jamais par un avoir : duplicata de la facture initiale avec la mention normalisée, ou état récapitulatif des factures impayées.
- Au 1er septembre 2026, l’avoir devient un flux structuré, typé (code BT-3 : 380 / 381 / 384) et tracé. Réception obligatoire pour tous à cette date ; émission au 1er septembre 2026 pour les grandes entreprises et ETI, au 1er septembre 2027 pour les PME et TPE.
FAQ
Une facture d’avoir et une facture rectificative, est-ce la même chose ?
Pas tout à fait. « Facture rectificative » est la catégorie fiscale générale, définie au 5 du I de l’article 289 du CGI : tout document qui modifie la facture initiale en y faisant référence de façon spécifique et non équivoque. Cette catégorie recouvre deux modalités pratiques : la facture de remplacement, qui annule et remplace intégralement la facture initiale, et la note d’avoir, qui vient en déduction sans la supprimer. Les deux sont admises par l’administration (BOI-TVA-DECLA-30-20-20-20, § 210) et obéissent au même régime de mentions.
Peut-on annuler une facture d’avoir ?
Oui, en émettant une facture rectifiant l’avoir — donc, en pratique, une facture ordinaire faisant référence explicite à l’avoir annulé. Il ne faut jamais supprimer ni modifier un avoir déjà émis : le principe d’intangibilité des écritures et les exigences de piste d’audit fiable l’interdisent. Dans un flux électronique, la suppression est de toute façon impossible une fois le document déposé sur la plateforme, qui en conserve la trace et les statuts.
Quel délai pour émettre un avoir ?
Aucun délai n’est fixé pour l’émission elle-même : l’avoir doit être établi dès que l’événement qui le justifie est acquis — annulation, retour, remise accordée. Le délai qui compte est celui de la récupération de la TVA. Pour une créance devenue définitivement irrécouvrable à la suite d’un jugement de clôture pour insuffisance d’actif, la doctrine admet l’imputation jusqu’au 31 décembre de la deuxième année suivant celle de la décision de justice (BOI-TVA-DED-40-10-20). Passé ce terme, le droit est perdu.
Un avoir doit-il transiter par une plateforme agréée ?
Oui, dès lors que la facture qu’il corrige entre dans le champ de l’obligation. L’avoir étant assimilé à une facture, il suit exactement le même canal, le même format structuré et la même logique de statuts que la facture initiale. Un avoir transmis en dehors du circuit officiel — par e-mail, par exemple — n’est pas opposable au titre de la réforme et laisse la correction de TVA sans support documentaire remonté à l’administration.
Le client doit-il faire quelque chose à réception d’un avoir ?
Oui. Le client assujetti qui a déjà déduit la TVA figurant sur la facture initiale doit atténuer sa déduction à concurrence de la taxe portée sur l’avoir (BOI-TVA-DECLA-30-20-20-20, § 260). Cette obligation naît à la réception de l’avoir. Elle disparaît dans un seul cas : lorsque le fournisseur a expressément mentionné que le rabais est consenti « net de taxes » et n’a pas modifié le montant de TVA de la facture initiale (§ 270).
Cet article a une visée pédagogique et documentaire. Il ne constitue pas un conseil juridique individualisé. Les modalités techniques du traitement des avoirs dans le socle de la facturation électronique relèvent des spécifications externes de l’administration et de la doctrine applicable, à confirmer au moment de votre mise en œuvre.
Thiébaut Devergranne, docteur en droit (Paris II, 2007), est le fondateur de donneespersonnelles.fr et de Legiscope. Il accompagne les entreprises sur la conformité réglementaire, à l’intersection du droit fiscal, numérique et de la protection des données, depuis plus de vingt ans.
Pour aller plus loin : le guide de la facturation électronique obligatoire · les mentions obligatoires de la facture · le cycle de vie et les statuts · que faire en cas de rejet de facture · la conservation des factures électroniques · le barème des sanctions.