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Dimanche 27 septembre 2026
CGV / E-commerce

Réserve de propriété : rendre la clause opposable

Réserve de propriété : préparez la preuve de l’accord, identifiez les biens et réagissez rapidement à une procédure collective.

La réserve de propriété permet au vendeur de conserver la propriété d’un bien jusqu’au paiement complet du prix. Pour être utile, elle doit être convenue par écrit, reliée aux marchandises livrées et invoquée dans les délais applicables. Une clause correctement rédigée ne compense ni l’impossibilité de retrouver les biens ni une revendication tardive après l’ouverture d’une procédure collective.

Ce guide vise la vente de biens meubles entre professionnels. La première décision est simple : avant d’autoriser une livraison à crédit, obtenir l’accord sur la clause et préparer l’identification des biens. Après un impayé, il faut déterminer si le client fait déjà l’objet d’une procédure collective : les interlocuteurs et la manière de demander la restitution changent.

Faire accepter la clause avant de livrer

Les articles 2367 et 2368 du Code civil prévoient une propriété retenue jusqu’au paiement complet de l’obligation garantie et exigent un écrit. En procédure collective, l’article L. 624-16 du Code de commerce impose que la clause ait été convenue au plus tard au moment de la livraison. Un écrit peut régir un ensemble d’opérations commerciales. Sources : articles 2367 et 2368 et article L. 624-16.

Le service commercial doit donc conserver le document accepté et sa date, pas seulement les CGV aujourd’hui affichées sur le site. Une clause découverte sur une facture émise après la livraison ne suffit pas à établir cet accord préalable. Organisez la preuve d’acceptation des CGV dès la commande, puis rattachez les livraisons à cette version.

Voici une formulation de travail pour une vente déterminée : « Le vendeur conserve la propriété de la presse PX26-014 désignée au devis D26-18 jusqu’au paiement complet de son prix. » Cet exemple exprime le mécanisme ; il ne règle pas à lui seul l’assurance, les risques, une autorisation de revente ou les modalités de restitution. Ces sujets doivent être traités selon l’opération, sans faire croire que la propriété règle automatiquement toutes les responsabilités.

Si l’acheteur adresse des conditions d’achat excluant cette réserve, le commercial doit résoudre le désaccord avant l’expédition. L’article 1119 prévoit notamment l’inefficacité des clauses générales incompatibles. Une mention particulière expressément acceptée peut clarifier l’accord ; empiler des documents contradictoires laisse subsister le problème. Utilisez la méthode de priorité entre CGV et conditions d’achat. Source : article 1119 du Code civil.

Avant toute procédure collective, rapprochez la facture échue, les paiements et une éventuelle contestation de livraison. Adressez au client une demande précise de paiement ou de restitution fondée sur la clause. Si le client propose une remise volontaire, convenez par écrit du bien rendu, de son état et de sa valeur. S’il refuse, transmettez ces éléments au conseil chargé de la voie judiciaire : la propriété conservée ne dispense pas d’organiser légalement la reprise.

Cas pratique : une presse livrée, puis un client en difficulté

Prenons un exemple entièrement hypothétique. Une PME française vend une presse pour un prix total facturé de 6 000 euros. Le client accepte le 3 août 2026 le devis D26-18, comprenant la réserve de propriété. Il verse 2 000 euros. La livraison intervient le 5 août ; le solde de 4 000 euros est exigible le 25 août.

Le vendeur identifie la machine par le numéro PX26-014, reporté sur le devis et le bon de livraison signé. Le client ne règle pas le solde. Le 31 août, un jugement ouvre une procédure de sauvegarde ; sa publication intervient le 3 septembre. Un administrateur judiciaire est désigné. La presse se trouve encore dans l’atelier du client au jour de l’ouverture.

La comptable alerte immédiatement la direction. Celle-ci ne mandate pas un transporteur pour reprendre discrètement la presse : elle prépare la revendication avec le conseil chargé du dossier. La demande est envoyée le 4 septembre et reçue par l’administrateur le 7, avec copie au mandataire judiciaire. Elle désigne exactement le bien et demande sa restitution sur le fondement de la clause acceptée.

Le 15 septembre, dans notre scénario, l’administrateur acquiesce avec l’accord du débiteur. La remise est organisée le 18 septembre, avec identification contradictoire, état de la machine et compte rendu signé. L’accord du débiteur à l’acquiescement est prévu par l’article L. 624-17 ; une réponse informelle d’un magasinier ne tient pas lieu de cette décision. Source : article L. 624-17.

Le dossier rempli à constituer par livraison

Le tableau suivant reprend ce cas fictif. Il constitue une proposition d’organisation documentaire, pas une liste de pièces réglementaire universelle.

Pièce ou information Contenu du dossier D26-18 Responsable
Accord écrit Devis accepté le 3 août, clause visant PX26-014 Commercial
Livraison Bon signé le 5 août, même numéro de série, atelier du client Logistique
Situation financière Prix 6 000 €, paiement 2 000 €, solde 4 000 € Comptabilité
Présence du bien Inventaire communiqué : presse présente le 31 août Direction avec les organes de la procédure
Calendrier Jugement du 31 août, publication du 3 septembre, réception du 7 septembre Conseil et direction
Revendication Demande du 4 septembre, pièces annexées, preuve de réception et copie Conseil
Sortie du dossier Accord du 15 septembre, remise du 18, valorisation documentée Direction et comptabilité

Pour des livraisons successives, créez une ligne par lot, avec les règlements imputés à chaque facture. Un numéro de client commun ne permet pas de savoir quelles marchandises sont encore impayées. Le bon de commande B2B doit fournir une référence stable reprise par la logistique et la comptabilité.

Si le numéro de série manque, recherchez les pièces contemporaines : photographies de livraison, fiche d’installation, références techniques ou inventaire. Ne fabriquez pas rétrospectivement un bon signé. Indiquez au décideur ce que les pièces établissent réellement et ce qui demeure contestable.

Respecter les trois étapes de la revendication

L’article L. 624-9 fixe, en principe, un délai de trois mois suivant la publication du jugement ouvrant la procédure pour revendiquer les meubles. Le point de départ n’est ni la date à laquelle votre commercial apprend la difficulté, ni celle d’une relance restée sans réponse. Les contrats ayant fait l’objet d’une publicité bénéficient d’un régime particulier prévu par L. 624-10 : ne confondez pas cette publicité juridique avec une clause simplement visible sur votre site. Source : articles L. 624-9 et L. 624-10.

Dans le circuit prévu par l’article R. 624-13, la demande est adressée par lettre recommandée avec avis de réception à l’administrateur désigné ou, à défaut, au débiteur ; une copie est envoyée au mandataire judiciaire. La revendication comporte de plein droit une demande de restitution. Source : article R. 624-13, alinéas 1 et 4.

La direction doit suivre trois événements distincts :

  1. La publication du jugement, qui commande le délai initial de revendication.
  2. La réception de la demande, qui déclenche le délai de réponse d’un mois.
  3. L’expiration de ce délai sans acquiescement, qui impose de saisir le juge-commissaire au plus tard dans le mois suivant, sous peine de forclusion.

La troisième étape reste nécessaire si des échanges amiables se poursuivent sans acquiescement. Faites calculer et inscrire les échéances exactes, avec leurs règles de computation, puis désignez un suppléant en cas d’absence. Un tableau portant seulement « dossier transmis à l’avocat » ne suffit pas à suivre la réception et la saisine. Source : article R. 624-13, alinéa 2.

En liquidation judiciaire, la demande est adressée au liquidateur, avec copie à l’administrateur judiciaire s’il en a été désigné. Il faut donc lire le jugement et adapter le destinataire : envoyer systématiquement au « mandataire » sans vérifier sa fonction expose à une erreur. Source : article R. 641-31(I).

Si le bien a été transformé, mélangé ou revendu

La situation matérielle à l’ouverture est décisive. L. 624-16 permet la revendication de biens retrouvés en nature. Un bien incorporé à un autre peut être concerné si sa séparation peut intervenir sans dommage. Pour des biens fongibles, le texte prévoit des biens de même nature et qualité détenus par le débiteur ou pour son compte. Source : article L. 624-16, alinéas 2 et 3.

Concrètement, une presse toujours identifiable, des composants incorporés et un stock de matières premières mélangées appellent trois démonstrations différentes. Faites documenter l’état, les quantités, la localisation et les possibilités de séparation. La référence inscrite dans les CGV ne prouve pas à elle seule que la marchandise existe encore sous la forme requise.

Une revente ne permet pas automatiquement de réclamer n’importe quelle somme au sous-acquéreur. L’article L. 624-18 vise, sous ses conditions, le prix ou la partie du prix qui n’était pas payé, réglé en valeur ou compensé à la date du jugement d’ouverture. Rassemblez la facture de revente et les éléments de paiement disponibles pour faire examiner cette piste. Une assurance peut également appeler une analyse propre. Source : article L. 624-18.

Imputer la valeur récupérée sans réclamer deux fois

Dans notre exemple, supposons que la valeur de la presse restituée soit établie contradictoirement à 3 500 euros. L’article 2371 du Code civil prévoit l’imputation de la valeur du bien repris sur la créance garantie. Le calcul devient donc : solde de 4 000 euros, diminué de 3 500 euros, soit 500 euros restant à traiter. La récupération de la machine n’autorise pas à conserver simultanément une créance intacte de 4 000 euros. Source : article 2371.

Documentez la valorisation et les éventuels désaccords ; le vendeur ne doit pas choisir arbitrairement une valeur dérisoire. Si, dans une variante, la valeur récupérée dépasse le solde garanti, le texte impose de restituer la différence au débiteur. Le traitement comptable doit refléter ce résultat, avec les justificatifs appropriés.

La revendication du bien et la déclaration de la créance sont des démarches distinctes. La comptabilité doit suivre aussi la déclaration applicable à sa créance antérieure et l’actualiser selon le résultat de la restitution. Le solde de 500 euros du scénario n’est pas une promesse de paiement intégral par la procédure. Source : article L. 622-24 du Code de commerce.

Ce qu’il faut retenir

  • Obtenez l’accord écrit au plus tard lors de la livraison et conservez sa preuve.
  • Reliez la clause aux biens identifiables et au solde effectivement dû.
  • Après l’ouverture d’une procédure, suivez séparément publication, réception et éventuelle saisine.
  • Documentez la restitution et imputez la valeur récupérée sur la créance.

FAQ

Le client peut-il conserver le bien en payant ?

L’article L. 624-16 prévoit qu’il n’y a pas lieu à revendication si le prix est payé immédiatement sur décision du juge-commissaire. Celui-ci peut aussi accorder un délai avec le consentement du créancier revendiquant. Une simple promesse du client ne remplace pas ce cadre. Source : article L. 624-16, dernier alinéa.

Faut-il refaire la clause pour chaque commande ?

Un accord écrit peut couvrir plusieurs opérations. Vérifiez cependant que la commande relève effectivement de cet accord, qu’aucun document particulier ne le contredit et que chaque livraison reste identifiable. Une ancienne relation commerciale ne dispense pas de retrouver les pièces utiles.

Peut-on reprendre soi-même le matériel impayé ?

La clause ne donne pas une autorisation générale d’entrer dans les locaux du client ou de forcer l’accès au bien. Organisez une restitution acceptée dans le cadre applicable ou la voie judiciaire nécessaire, puis conservez la preuve de la remise et de son traitement financier.

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À propos de l’auteur. Thiébaut Devergranne est docteur en droit privé, titulaire du CAPA et fondateur de Legiscope. Il travaille depuis plus de vingt ans sur le droit des technologies et la protection des données.

Thiébaut Devergranne
Docteur en droit des nouvelles technologies (Paris II)

Docteur en droit, Thiébaut Devergranne travaille en droit des nouvelles technologies et en protection des données personnelles depuis plus de 20 ans. Il a accompagné des centaines d'organisations dans leur mise en conformité RGPD et est le fondateur de Legiscope, logiciel de conformité RGPD.

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