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Dimanche 27 septembre 2026
CGV / E-commerce

Service numérique contre données : qualifier l'offre

Service numérique sans prix : identifiez l’avantage reçu, les protections du consommateur et les règles RGPD qui restent applicables.

Une application se présente comme gratuite mais son modèle repose sur les données de ses utilisateurs. L’absence de prix ne dispense pas automatiquement son éditeur des règles contractuelles de la consommation. Il faut décrire ce que chaque partie fournit avant de choisir les mentions de l’offre.

Décrire la contrepartie réelle

L. 224-25-2 vise les contrats de fourniture de contenus ou services numériques pour lesquels le consommateur paie un prix ou procure tout autre avantage. Le champ et les exclusions doivent être lus avec L. 224-25-3. Le seul mot « gratuit » ne permet donc ni d’écarter ces règles, ni de conclure que toute collecte technique constitue nécessairement une contrepartie. Source : champ des contrats numériques.

Pour le régime des contrats à distance et hors établissement, vérifiez séparément L. 221-1, III : il vise les services et contenus numériques contre données, avec une exception lorsque celles-ci sont exclusivement traitées pour la fourniture ou les obligations légales. Ce périmètre ne se confond pas avec celui de L. 224-25-2. Source : L. 221-1, III.

Décrivez le service, la nature de l’avantage attendu et les traitements réellement opérés. Distinguez compte nécessaire au fonctionnement, statistiques, personnalisation et exploitation commerciale. Une qualification fondée seulement sur les CGU manquerait les fonctions actives dans le produit.

Une grille de qualification de l’offre

Question Résultat attendu
Qui utilise le service ? Consommateur, professionnel ou publics distincts
Que reçoit-il ? Contenu, fonctionnalité et durée de fourniture
Que fournit-il ? Prix et éventuel autre avantage identifié
Quel texte s’applique ? Champ vérifié et exclusion éventuelle motivée
Qu’annonce le parcours ? Offre cohérente avec la contrepartie effective
Quels recours existent ? Support, conformité et fin du contrat organisés

Il s’agit d’une méthode proposée. Faites examiner les offres mixtes séparément : un accès gratuit et une formule payante peuvent avoir des engagements différents sans que la protection des données disparaisse dans l’une ou l’autre.

Préparer l’information avant l’inscription

L. 224-25-5 prévoit des informations adaptées, notamment sur la nature de l’avantage procuré, les caractéristiques et la qualité du service, les conditions contractuelles et certaines questions de données et de sécurité. Source : obligations d’information des services numériques.

Rapprochez écran d’inscription, conditions contractuelles et mentions RGPD des CGV. L’utilisateur doit pouvoir comprendre l’offre sans reconstruire sa contrepartie à partir de plusieurs documents contradictoires. Une promesse d’accès immédiat doit également respecter le régime pertinent du contenu numérique fourni immédiatement.

Ne pas transformer le contrat en consentement global

Qualifier un avantage contractuel n’autorise pas tous les traitements. L’Art. 6(1)(b) du RGPD exige la nécessité du traitement pour le contrat ; l’Art. 7(4) impose de tenir compte du conditionnement à un consentement concernant des données non nécessaires. Chaque finalité doit disposer de sa base légale et de son information. Source : RGPD, Art. 6(1)(b) et Art. 7(4).

N’écrivez donc pas que l’utilisateur « cède ses données » ou accepte tous les usages en validant les conditions. Coordonnez la choix de la base légale avec les choix effectivement disponibles.

Préparer aussi les recours sans prix payé

L. 224-25-15 assimile un manquement au RGPD à un défaut de conformité lorsqu’il entraîne le non-respect d’un ou plusieurs critères de conformité. Ce lien doit être caractérisé : toute irrégularité RGPD n’est pas automatiquement décrite ainsi. L. 224-25-22 distingue, lors de la résolution, les contenus récupérables et les données personnelles qui restent régies par le RGPD. Source : garantie légale des services numériques.

Prévoyez donc un traitement des réclamations même sans facture. Une modification du service numérique doit également être examinée au regard du régime applicable.

Ce qu’il faut retenir

  • L’absence de prix ne tranche pas le champ du droit de la consommation.
  • Identifiez l’avantage réellement attendu du consommateur.
  • Séparez engagement contractuel et licéité de chaque traitement.
  • Organisez information, conformité et sortie du service.

FAQ

Une adresse électronique suffit-elle à qualifier un service « contre données » ?

Pas à elle seule. Il faut examiner la fonction de la collecte, l’offre et l’avantage effectivement procuré au professionnel.

Accepter les CGU vaut-il consentement à tous les traitements ?

Non. L’acceptation contractuelle ne remplace pas l’analyse des bases légales ni, lorsqu’il est requis, un consentement valable pour les finalités concernées.

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À propos de l’auteur. Thiébaut Devergranne est docteur en droit privé, titulaire du CAPA et fondateur de Legiscope. Il travaille depuis plus de vingt ans sur le droit des technologies et la protection des données.

Thiébaut Devergranne
Docteur en droit des nouvelles technologies (Paris II)

Docteur en droit, Thiébaut Devergranne travaille en droit des nouvelles technologies et en protection des données personnelles depuis plus de 20 ans. Il a accompagné des centaines d'organisations dans leur mise en conformité RGPD et est le fondateur de Legiscope, logiciel de conformité RGPD.

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